|
Avant propos : les dangers de l'implicite
et du manque de dynamisme dans l'apprentissage...
Dans certaines
pratiques de cours, deux écueils peuvent apparaître
: les manques d'explicitation et de dynamique dans les techniques
d'apprentissage.
L'implicite ?
Il a tendance à gêner
la compréhension de certains élèves. Un enseignant
imagine qu'un mot de vocabulaire, une notion, est -par avance- connu.
Ou alors, il ne se pose pas de questions : est-ce que tel mot est
saisi par tous ? Faut-il faire l'effort de "perdre son temps
" dans le démarrage d'un chapitre ?
Ainsi, la notion de civilisation.
Pour rappel, à l'issue de l'école
élémentaire, l'élève doit être
capable de l'utiliser "avec précision et maîtrise
" ( B.O. N°7 page 40, août
1999). Le programme d'Histoire de 6ème en vigueur
continue à s'articuler sur le thème des civilisations
égyptiennes, hellénistique ; en conclusion, l'enseignant
est tenu de présenter "un bilan des héritages
des civilisations de l'Antiquité (Numéro
spécial, vers le nouveau collège, programmes des 6èmes,
décembre, page 30 et 31, 1995).
On retrouve le sujet qui nous préoccupe
au lycée, notamment en 1ère : le programme débute
par l'âge industriel et sa civilisation du milieu du XIXème
siècle à 1939 (B.O. n°12
du 29 juin 1995).
Si dans le cursus scolaire, la notion
de civilisation n'est pas clairement explicitée, n'est pas
solidement bâtie, il est peu probable que l'élève
puisse apprivoiser ce qui est avant tout une abstraction.
D'où "le jeu des chercheurs
" qui aura le mérite de lui permettre d'appréhender,
par phases successives, un des termes essentiels des sciences humaines.
Le manque de
dynamique dans l'apprentissage ?
Apprendre les civilisations par plans
à tiroirs, d'une manière statique, c'est peut-être
oublier que l'école vient d'un mot grec (phonétiquement
"scolé ")qui signifie loisir
D'où l'intérêt
de chercher avec obstination des méthodes d'apprentissages
ludiques, dynamiques ne sacrifiant pas le fond pour la forme.
A l'école
élémentaire plus particulièrement,
l'enseignant est tenu de parcourir, en deux années de cycle
3, une immense période partant de la préhistoire
(la première date à connaître serait celle de
l'invention du feu ) jusqu'à aujourd'hui l(la naissance de
la monnaie unique européenne) : une ambition hallucinante
si le maître ne fait pas le choix de la méthode et
du sens chronologique contre celui d'une accumulation encyclopédique
de savoirs ou d'un survol superficiel du passé.
Le jeu proposé répondra
au désir de rendre l'enseignement plus vivant tout en fixant
ce qu'est une civilisation.
Une civilisation, c'est un territoire, plus
ou moins ouvert, plus ou moins fermé.
Une civilisation, ce sont des éléments à décomposer
puis à recomposer.
Une civilisation, cela s'inscrit dans un temps. Une civilisation
c'est une verticalité à découvrir, une succession
de couches historiques à retrouver.
Une civilisation, c'est aussi une horizontalité, une aire
emboîtée dans d'autres aires avec ses intersections,
ses métissages.
Dans le jeu des chercheurs, par la
construction d'un cheminement cohérent, l'élève
sera confronté à une notion a priori complexe et a
posteriori plus accessible.
Une fois cette notion acquise, l'élève
peut se sentir prêt à découvrir la Préhistoire,
l'Antiquité, le Moyen Age, la Renaissance, l'époque
moderne, l'ère contemporaine.
L'élève aura une grille
de lecture pertinente qui lui donnera la possibilité de voyager
à la découverte des autres.
Face à
la difficulté de rendre accessible l'abstraction que représente
le mot "civilisation ", il nous faut encore chercher et
trouver une idée pour concrétiser, pour rendre visible,
pour matérialiser avec des signes ce mot : et si la civilisation
était comme une maison ?
Cette comparaison nous a été
transmise par Fernand BRAUDEL. Dans ses Ecrits
sur l'histoire, Flammarion, 1969 et Arthaud, 1990) partiellement
repris dans une biographie que lui a consacré Pierre DAIX,
Braudel, Flammarion, p.368, 1995,
l'historien s'exprime : " Une civilisation,
c'est tout d'abord un espace, une " aire culturelle ",
disent les anthropologues, un logement. A l'intérieur(
)
imaginez une masse très diverse de " biens ", de
traits culturels, aussi bien la forme, le matériau des maisons,
leur toit, que tel art (
), qu'un dialecte ou un groupe de
dialectes, que des goûts culinaires, une technique particulière,
une façon de croire ; une façon d'aimer, ou bien encore
la boussole, le papier, la presse de l'imprimeur. C'est le groupement
régulier, la fréquence de certains traits, l'ubiquité
de ceux-ci, qui sont les premiers signes d'une cohérence
culturelle. Si à cette cohérence dans l'espace s'ajoute
une permanence dans le temps, j'appelle civilisation ou culture
l'ensemble, le " total " du répertoire. "
Les liens entre maison et civilisation
établis par une grande référence n'attendaient
plus qu'une série d'exercices didactiques.
Une porte d'entrée
s'offre à nous. Il nous reste à prendre un trousseau
de clés, à rentrer dans la maison-civilisation, convaincus
que là, nous tenons une astuce pédagogique susceptible
de nous faire sérieusement avancer sur la piste d'une connaissance
raisonnée !
|
|