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Le temps des origines, le temps des
lumières
A la lecture de nombreux
ouvrages dont vous retrouverez les références dans
l'annexe bibliographique, il est un peu difficile de se mettre complètement
d'accord sur la genèse du mot civilisation. Toutefois,
on acceptera de situer son berceau en France et l'époque
de son apparition : la deuxième moitié du XVIIIème
siècle.
ALAIN REY, grand jongleur d'étymologie,
dans son Dictionnaire historique de la langue
française (Paris, Robert, 1993), nous donne quelques
éléments d'informations.
Il rappelle que le mot avait à l'origine une connotation
juridique. Il signifiait le transfert d'un procès criminel
en un procès civil. Ce terme n'ayant plus conservé
son acception technique, il désigna alors "ce qui rend
les individus plus aptes à la vie en société
" et surtout "comme le processus historique du progrès(
)matériel,
social et culturel ainsi que le résultat de ce processus,
soit un état social considéré comme avancé
".
Alain REY cite MIRABEAU, oubliant
toutefois de préciser que c'est au père, Victor, et
non au fils, Honoré, le brillant orateur de l'Assemblée
Constituante, que l'on doit ce vocable.
A la suite de Lucien FEBVRE (l'auteur
de Civilisation, l'histoire d'un mot
) , l'incontournable Fernand BRAUDEL s'est exprimé sur ce
sujet fondamental.
Dans sa Grammaire
des civilisations (Paris, Arthaud, 1987) habillage judicieux
d'un manuel scolaire destiné aux élèves de
terminales en 1963, il attribue à TURGOT la paternité
du substantif.
Il admet cependant que l'entrée
officielle du mot imprimé revient à la publication,
en 1756, du Traité de la population
écrit par MIRABEAU père déjà cité.
Il ajoute que VOLTAIRE, la même année, a précisément
été "l'homme à en avoir conçu la
notion dans son Essai sur les Murs
et sur l' Esprit des Nations, sans utiliser une seule fois
le néologisme.
Pour Lucien FEBVRE et son ami BRAUDEL,
il est essentiel de signaler que le civilisé s'oppose
au barbare, surnom péjoratif appliqué par les
Athéniens de l'antiquité aux étrangers bredouillant
le grec.
La "civilisation " doit
faire régner l'ordre, la paix, le bonheur, le progrès.
Elle a pour mission d'assurer le triomphe des Lumières. Elle
est "un état des choses idéal et réel
". Elle place au-dessus, les polis, les civilisés
; en bas, les sauvages, y compris les bons sauvages,
chers à Jean-Jacques ROUSSEAU.
De plus, elle rassure la haute société
lettrée de la fin du règne de LOUIS XV qui aimait
à se contempler dans ce nouveau miroir
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