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La mémoire au fil de l'eau - La "Cité des métiers"

Mémoire au fil de l'eau

La "Cité des métiers" - S. Béraud-Williams


article441.jpg
Atelier de soudure
Bijouterie industrielle du Cheylard
(Cliché J. Pailhès - Studio Déclic - Le Cheylard)


q PREAMBULE

La Cité des métiers est un projet innovant, à la charnière entre patrimoine industriel, culture scientifique et pédagogie. Il ne devrait voir le jour qu'en 2002 ou 2003. Cependant, il nous a semblé incontournable de rédiger une fiche à ce sujet pour deux raisons :
- il a été suscité localement par la présence d'industries dynamiques et par l'existence d'un patrimoine industriel important sur lequel il est nécessaire d'attirer ici l'attention,

- il correspond à la démarche pédagogique entreprise par "éducation et patrimoine" et à son rôle de passerelle entre le monde de l'éducation et l'environnement immédiat, entre présent, passé et avenir, rôle de lien et d'ouverture aussi entre ici et ailleurs.

q CONTENU

- Situation :
Le site prévu pour accueillir la Cité des métiers est le bâtiment des anciennes tanneries Legalland, actuellement propriété de la commune du Cheylard, au coeur de la vieille ville, berceau de l'industrie cheylaroise, en bordure de la rivière Dorne. Il donne dans l'impasse de l'Airette, qui rejoint la rue de la Basse Ville.
La tannerie est composée de deux bâtiments mitoyens :
- un bâtiment principal avec une surface au sol de 260 mètres carrés sur trois niveaux, soit 780 mètres carrés aménageables,
- un petit bâtiment contigu sur trois niveaux donnant 114 mètres carrés aménageables.

- Origine du projet :
Depuis des siècles, Le Cheylard est une cité industrieuse où différentes branches d'artisanat puis d'industrie cohabitent avec tout d'abord le travail de la laine et la tannerie (1650), le tissage du chanvre et du coton, puis le moulinage de la soie.
Aujourd'hui, Le Cheylard et son périmètre de rayonnement constituent le deuxième pôle industriel du département de l'Ardèche après Annonay. La ville compte 4000 habitants ; son bassin d'influence des Boutières s'étend sur une trentaine de communes environ (soit 13 à 15 000 habitants) dans la vallée de l'Eyrieux et en bordure de la montagne ardéchoise. Elle accueille une population scolaire de 500 élèves en primaire, 500 en collège. Le lycée, ouvert depuis la rentrée de 1998, a donné un nouvel élan dynamique au Cheylard.
Au lieu de vie tourné vers le quotidien, vers les jeunes et un environnement culturel et naturel de qualité, répond une activité économique de type industriel ancienne et aujourd'hui performante sur le plan européen et mondial. L'activité textile et la bijouterie se situent maintenant à un niveau technologique et commercial de pointe. L'industrie mécanique (matériels pour l'embouteillage commercialisé dans le monde entier) est plus récente (années 1960), ainsi que l'agro-alimentaire (eaux minérales, conditionnement).
Le canton du Cheylard compte 14 entreprises de plus de 20 salariés, dont 11 entreprises industrielles, parmi lesquelles 4 de plus de 200 salariés.
L'organisation de la production a généré au fil du temps une culture d'entreprise qui, actuellement, permet une organisation innovante de la gestion du temps de travail et un dialogue social constructif.
L'histoire commune de l'industrie et de la ville, par l'approche qualitative du cadre de travail, du cadre de la production et de ses débouchés et du cadre de l'environnement culturel, a fait naître le projet de "la cité des métiers". Un comité de pilotage comprenant notamment des représentants de la commune du Cheylard, des industriels, et des compétences diversifiées, a été créé pour mener à bien la réflexion autour de ce projet.
Il ne s'agit pas ici de traiter les divers patrimoines comme des témoignages inertes : il s'agit de les inscrire dans une perspective active de développement à court, moyen et long termes.

- Objectifs :
Ils sont d'ordre politique et culturel à la fois :
- dresser "une arche entre le passé, le présent et l'avenir, entre les entreprises, le tissu social et la population, pour le tourisme, pour la culture, pour l'animation en général, pour les lycéens, pour les collégiens... autant d'éléments qui feront la force de notre pays demain." (selon le maire Dr J. Chabal)
- poursuivre le développement économique et culturel des Boutières.
- préparer et accompagner le pays du Cheylard aux changements multiples qui ne manqueront pas de se produire au cours des prochaines années.

- Structuration du projet :
La Cité des métiers devrait être à la fois un lieu d'information sur les capacités technologiques et industrielles des Boutières, de dialogue entre entrepreneurs et territoire, de connaissance réelle des mécanismes économiques et technologiques, de sensibilisation à la richesse des patrimoines industriels locaux et à leur évolution. Elle se structurera autour de trois axes :

- un axe de type conservatoire pour préserver les mémoires essentielles de l'histoire industrielle locale (de l'initiative d'entreprise à la mémoire ouvrière, de l'activité économique à l'organisation sociale et culturelle, de l'évolution des savoirs à la notion de territoire) pour mieux appréhender les gestes et moments clés de l'évolution des techniques afin de projeter cette évolution dans le futur pour mieux la maîtriser.
- un axe de type culturel et touristique qui aura pour objet la restitution de ces mémoires et l'expression de l'activité industrielle des années 1990 en Ardèche et ailleurs, à partir des expériences conduites dans les musées industriels ou de société, dans les centres de culture scientifique et technique, dans les centres d'interprétation. Cette découverte aura pour centre l'ancienne tannerie et rayonnera ensuite vers tout un réseau de sites industriels ou architecturaux de référence.
- un axe de type pédagogique dont l'élément essentiel est le lycée du Cheylard, pour des cursus précis de formation professionnelle débouchant sur les branches d'industrie présentes localement.

- Valorisation du patrimoine industriel :
Tout d'abord sera présenté le contexte favorable à l'implantation d'un artisanat qui au cours des siècles s'est développé et a évolué vers l'industrialisation. Un artisanat important (fabrication de toiles de chanvre, de toiles de coton pour la Manufacture royale d'Aubenas) existait dans les Boutières et plus particulièrement autour du Cheylard pour ce qui concerne la seconde activité, vers 1730-40. Les paysans étaient souvent pluriactifs et tissaient en complément de leur activité agricole. L'eau d'une certaine qualité était l'élément déterminant pour le lavage et le feutrage des laines ainsi que pour le traitement des peaux, activités en amont de la filière textile actuelle. L'eau fournissait également la force motrice nécessaire au moulinage de la soie dont l'apogée se situe vers 1850. La main d'oeuvre était abondante.

Seront ensuite traités quatre thèmes principaux :

- du moulinage aux textiles technologiques,
- les bijoux artisanaux et industriels,
- la mécanique,
- l'agro-alimentaire.

L'accent sera mis sur les capacités à l'adaptation, à l'innovation, à la pérennisation et à la transmission des savoir-faire plus que sur les produits industriels au sens strict.

1. Du moulinage aux textiles technologiques :






L'industrie apparaît avec les moulinages de soie nombreux dans la vallée de l'Eyrieux au XIXe siècle. Ils ont décliné et pour la plupart disparu dans les années 1950-1970 face à l'irruption et au développement des textiles synthétiques industriels. Sera abordé en toile de fond le monde agricole à partir duquel se sont greffées ces activités. Le moulinage a été remplacé par une petite industrie textile. Les activités se diversifient. C'est le début du développement des industries du Cheylard.


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    Pièces d'un ancien moulinage

    (Cliché J. Pailhès - Studio Déclic - Le Cheylard)
L'un des exemples les plus marquants en ce domaine est celui de l'entreprise Chomarat qui a démarré son activité il y a un siècle par le moulinage de la soie. Cette activité s'est progressivement orientée vers la teinture à façon puis vers le tissage.






C'est dans les années cinquante que débutent et se développent les activités actuelles de tissage de la fibre de verre mais aussi de fibres synthétiques (étanchéité, renfort de chapes bitumineuses, mais aussi skis, bateaux, fournitures de caisses de camions frigorifiques, antennes paraboliques, mâts porte-drapeau...), de textile enduit de plastique pour l'ameublement (fauteuils, canapés imitation cuir) les vêtements de protection (de moto, de marins-pêcheurs), de teinture de tissus pour automobiles, la confection (vêtements femme et enfant sous la marque Chattawak)..
article443.jpg- Atelier de tricotage - Métier circulaire -
(Cliché J. Pailhès - Studio Déclic - Le Cheylard)

Ainsi seront présentés différents aspects de la branche textile avec le filage et le tissage du verre, le tricotage circulaire ou à la chaîne, présenté en connexion avec les autres phases de la production (teinture, rasage, formage à chaud...), mais aussi la passementerie et la guimperie présentes avec les établissements Blanchard à Saint-Julien-Boutières. Cette technique se situe entre le tissage et la bijouterie.
2. La bijouterie artisanale et industrielle :
Vers 1850 un bijoutier parisien dénommé Murat décide de se faire élire sénateur quelque part en Ardèche et, pour se faire connaître de créer une entreprise de bijouterie. Il demande à la famille Legros, originaire de Picardie de venir la diriger.
Toutes les entreprises de bijouterie des Boutières (Bijoux Altesse, Bijoux GL, Ardilor) trouvent dans la bijouterie Murat leur origine commune. Mais très vite la famille Legros ( dont de nombreux frères et soeurs) crée sa propre entreprise à Saint-Martin-de-Valamas. Georges Legros de son côté décide lorsqu'il est démobilisé en 1917, de se mettre à son compte et s'installe au Cheylard où les établissements seront plusieurs fois déplacés au fur et à mesure du développement de l'entreprise, jusqu'au quartier de La Palisse où ils se trouvent actuellement et où se fabriquent 30 000 pièces plaqué or par jour.
La société Bijoux Altesse a été créée en 1905 à Saint-Martin-de-Valamas sous la dénomination de Maison Legros. Elle est spécialisée dans la création et la commercialisation de bijoux plaqués or et argent. Son développement est dû à la création de collections spécifiquement destinées à l'exportation et au réseau de bijoutiers-horlogers-joailliers. 1991 est marqué par la création d'un nouveau site industriel à Saint-Martin-de-Valamas qui emploie plus de 300 personnes et regroupe deux sites de production auparavant distincts. En 1989 est créée une unité de production en Thaïlande. La société fabrique plus de trois millions et demi de pièces par an sur les sites de Saint-Martin-de-Valamas et de Thaïlande.
Ardilor a été créé en 1985 suite à la fermeture des établissements Murat, grâce à la volonté et la solidarité d'une partie du personnel pour le maintien de l'emploi et du savoir-faire au pays. Elle emploie 16 salariés qui réalisent des activités de sous-traitance pour des sociétés importantes de la bijouterie française. Une petite partie des pièces qui demandent une qualité de travail irréprochable, est effectuée pour de grandes marques parisiennes dont Cartier.

3. La mécanique :
La société Perrier a été créée en 1962 par René Perrier son actuel président directeur général. Avant cette date, M. Perrier a réalisé dans la région, à partir d'un petit atelier de serrurerie, des travaux pour les moulinages, les textiles, la tannerie, les eaux minérales, les transports, les agriculteurs...
A la demande des établissements des Eaux minérales d'Arcens, il a inventé sa première machine automatique destinée à homogénéiser les limonades Pschitt de l'époque. Cette machine, exposée au Salon de l'emballage à Paris, connut un grand succès, notamment auprès des Champenois. En 1968, René Perrier inventa le système de prise des bouteilles par le col qui a été adapté à toute une gamme de machines permettant le traitement de tous types de flacons, verre, plastique, métal, sous toutes leurs formes. Depuis il a déposé de nombreux brevets.
Du fait d'une recherche permanente de perfectionnements, les innovations se sont multipliées. Ces inventions ont permis une évolution dans tous les secteurs d'activités de l'agro-alimentaire : les eaux minérales et toutes sortes de boissons (coca-cola, jus de fruits, bières, vins, cognacs, sirops, whiskies, champagnes...) les yaourts, mais aussi l'industrie pharmaceutique, les parfums...
Aujourd'hui Perrier est présent chez l'ensemble des embouteilleurs notamment les grands groupes (Nestlé, Coca-cola, Pepsi-cola, Danone, United Distillers...) sur les cinq continents. Il est le premier fabricant mondial avec 3000 machines en fonctionnement.

4. L'agro-alimentaire :
- la Société d'exploitation des sources d'Arcens dont les premiers forages ont été réalisés en 1924 et 1925. Mais la commercialisation de l'eau minérale gazeuse ne commence qu'en 1936. A l'époque, c'est en charrette à bras que Adrien Monteil livre ses clients les plus proches. L'entreprise reste familiale jusque en 1991 où elle est rachetée par les groupes CGES et Roxane, connus pour les marques Cristalline et Vichy-Saint-Yorre. L'entreprise a étendu son activité à la commercialisation d'une gamme importante de boissons rafraîchissantes sans alcool (eau de source plate et gazéfiée, boissons sucrées, limonades, sodas) qui sont toutes produites sur le site d'Arcens. Elle emploie près de 70 personnes. De quelques milliers de bouteilles en 1947, elle est passée à plus de 90 millions de bouteilles aujourd'hui. A l'exception des bouteilles de verres, les flacons vides sont fabriqués sur le site d'Arcens.
- la Société Descours, implantée à Saint-Barthélémy-le-Meil, est partie vers 1950 d'une activité de collecte et commercialisation de produits locaux (pêches, myrtilles, châtaignes) pour s'orienter en 1979 vers la transformation et la commercialisation de fruits surgelés. Elle écoule sa production partout en France mais aussi en Europe, en Amérique du Sud et en Asie. Ses clients sont les grands industriels confituriers, yaourtiers, fabricants d'arôme, fabricants de jus de fruits et les industries de reconditionnement. A travers la marque Vivermont, elle commercialise auprès des grossistes de la boulangerie-pâtisserie en restauration hors foyer (collectivités, cantines, hôpitaux). La marque Frutidor est destinée aux super et hypermarchés. Elle est la première entreprise française dans ce domaine d'activité et l'une des cinq premières au niveau européen.

q logistique

- S'adresser à :
Mairie du Cheylard, Office du tourisme.
En préfiguration de la Cité des métiers : rencontres sur les industries du Cheylard avec expositions, conférences, animations scolaires durant chaque 2ème quinzaine d'octobre.

q Bibliographie
- Aspects du patrimoine industriel des Boutières - Actes du colloque du samedi 6 décembre 1997, Le Cheylard, Comité de développement économique des Boutières, 1999
- Cité des Métiers, commune du Cheylard - Compte-rendu d'étude, Cabinet Aulas consultants, 1999


Date de création : 28/09/2005 @ 12:26
Dernière modification : 04/10/2005 @ 11:08
Catégorie : La mémoire au fil de l'eau
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